DES CHEFS-D'OEUVRE DE LA PREHISTOIRE
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Mention(s) de responsabilités Rédacteur : Cassola Virginia
Conseiller scientifique : Paillet Patrick
Thématique(s) Arts
 
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Résumé Au Paléolithique supérieur (– 35 000 à – 12 000 ans avant notre ère), l’art gravé, peint ou sculpté connaît un développement sans précédent. Parmi les matériaux utilisés, la pierre, l’os, l’ivoire de mammouth ou le bois de cervidé servent de supports à des représentations animales, humaines et abstraites ou géométriques. Particulièrement développées au Magdalénien (– 18 000 à – 12 000 ans avant notre ère), ces pratiques ont abouti à des chefs-d’œuvre exposés aujourd’hui dans la Galerie de l’Homme.
Date de production 17/10/2015
Numéro d'inventaire DT-MHCDR-0008
 
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Période(s) Paléolithique (2,5 MA - 10 000 BC)
 
Animaux vus, animaux chassés 

Plus 30 000 ans avant notre ère, au Paléolithique supérieur, les Hommes dessinent, incisent ou sculptent des formes multiples dans la pierre, le bois de cervidé ou l’os. Si les premières œuvres d’art figuratives datent de l’Aurignacien (– 35 000 à – 28 000 ans avant notre ère), elles sont beaucoup plus nombreuses au Magdalénien (– 18 000 à – 12 000 ans avant notre ère). Pendant plus de 20 000 ans, les Hommes pratiquent un art loin d’être uniforme ou homogène, dont les tendances divergent dans le temps et l’espace. Aujourd’hui exposées dans des musées tels le Musée de l’Homme ; le Musée d’archéologie nationale ou le Musée national de Préhistoire, les œuvres ainsi créées nous donnent des informations précieuses sur le développement et la complexité de la pensée préhistorique. Elles montrent également un haut niveau de savoir-faire et un sens de l’esthétique indubitable. Propulseurs, pointes de sagaie, fragments d’os, plaquettes, et rondes-bosses renseignent également sur l’environnement dans lequel vivaient les Hommes du Paléolithique : la faune constitue l’une des premières sources d’inspiration iconographique. Une dizaine d’espèces de grands mammifères vues et souvent chassées, constituent le cœur du bestiaire paléolithique. Ce sont des chevaux, bisons, aurochs, mammouths, cervidés, caprinés, félins, rhinocéros, etc. qui sont représentés de manière parfois très fidèle au modèle vivant. Des animaux plus rares sont également représentés, comme des oiseaux, poissons, reptiles ou, exceptionnellement, des amphibiens.

Gravés, sculptés, peints ou dessinés, les animaux sont représentés tantôt seuls tantôt groupés. Dans ce dernier cas, plutôt fréquent, les associations entre animaux sont de plusieurs ordres. Certaines ne renvoient pas au réel mais plutôt à des visions symboliques ; d’autres rappellent des comportements de l’animal – disposés en file, positionnés tête-bêche ou intégrés dans des scènes d’accouplement ou de chasse. Au musée de l’Homme, on peut découvrir de nombreuses pièces avec des représentations animales, dont un propulseur dit « aux bouquetins affrontés » et une salamandre (ou un triton) sculptée. 

Le propulseur « aux bouquetins affrontés » en bois de renne a été découvert en 1929 dans la grotte d’Enlène, en Ariège. Cet outil, inventé il y a environ 20 000 ans, constitue une avancée technologique réelle car il permet de chasser depuis une plus longue distance et de projeter une javeline avec plus de puissance. Contrairement à la sagaie ou à la simple lame de silex dont la durée de vie est relativement éphémère du fait de leur propre fonction, le propulseur a une vie plus longue. Il est conservé par le chasseur et porte souvent des représentations animales particulièrement naturalistes, comme ces deux bouquetins. La salamandre (ou triton) sculptée en bois sur une baguette de bois de renne, découverte dans l’abri de Laugerie-Basse, en Dordogne, n’est pas un outil ou une arme. Elle ne dévoile rien sur sa fonction réelle. Lors de sa découverte, Jean Maury s’étonne de la présence d’un tel animal en France au Magdalénien :

« Sculpture en ronde-bosse représentant un lézard. [...] Sa découverte a paru tout d’abord extraordinaire, et, si elle n’avait pas été faite en notre présence, nous aurions cru, à première vue, à une mystification ; nous ne pensions pas en effet, que ces reptiles puissent vivre sous un climat aussi froid que celui dont jouit actuellement la Laponie et qui était celui de notre région à l’époque magdalénienne ».

Les animaux ne sont pas la seule source iconographique des artistes du Paléolithique supérieur. Les représentations humaines, principalement féminines, sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine souvent. Leur caractère régulièrement stylisé, parfois à la limite de l’abstraction, de la caricature même, diffère de la ressemblance plus ou moins naturaliste donnée à certains animaux.

 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
 
 
La femme sculptée et gravée 

Les Hommes du Paléolithique supérieur représentent des figures humaines, principalement féminines qui ne semblent pas répondre à une stricte reproduction des traits anatomiques. Les exemples retrouvés sont rarement réalistes, mais plutôt stylisés jusqu’à l’extrême parfois ou fortement segmentés (têtes, corps ou sexes isolés). Il existe quelques relations thématiques avec les animaux mais elles ne sont pas fréquentes.

La Vénus de Lespugue est une statuette en ronde-bosse, sculptée dans l’ivoire de mammouth. Elle possède des seins et des hanches particulièrement volumineux, et ses jambes sont plutôt courtes. Elle a été découverte en 1922 par René de Saint-Périer (1877-1950) dans la grotte des Rideaux, à Lespugue (Haute-Garonne). Cette représentation féminine très stylisée démontre la distance mise par l’artiste entre la nature et son image. Cette statuette n’est nullement une représentation réaliste de la femme préhistorique mais bien une entité symbolique dont les formes et leur emboitement font sens. Il ne faut pas y chercher l’image idéale de la femme. Pour le préhistorien et ethnologue André Leroi-Gourhan (1911-1986)* : 

« […] Rechercher le portrait de la femme paléolithique à partir des statuettes est du même ordre que si l’on voulait faire l’anthropologie de la Française actuelle en partant des œuvres de Picasso ou de Bernard Buffet » (1965).

En 1863, le marquis Paul de Vibraye (1809-1878) découvre dans l’abri de Laugerie-Basse (Dordogne), une statuette féminine en ivoire de mammouth, aux hanches peu marquées, sans bras, sans tête ni poitrine et avec un sexe ostensiblement affiché. La figuration de la vulve et du triangle pubien lui a valu son surnom actuel de « Vénus impudique ». Vénus magdalénienne (environ – 18 000 à – 12 000 ans avant notre ère) et première représentation humaine paléolithique découverte dans l’histoire des sciences, son corps longiligne diffère des canons gravettiens. Les silhouettes féminines étaient également gravées, voire sculptées en bas-relief sur roche, telle la Vénus de l’abri Pataud (Dordogne) découverte en 1958.

Les Hommes du Gravettien ont fait de la femme une puissante source iconographique. Faut-il alors supposer que les femmes occupaient une place privilégiée dans les sociétés, leurs organisations, leurs mythes ? Cette iconographie distingue les gravettiens des magdaléniens. Ces derniers, dont les productions graphiques et plastiques marquent l’apogée de l’art préhistorique, dessinaient et gravaient aussi souvent des signes ou des dessins géométriques sur les parois des grottes et sur les objets.

 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
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Formes géométriques et signes 

Au Magdalénien, les Hommes dessinaient ou gravaient de nombreux motifs que les préhistoriens qualifient de « signes », des formes géométriques plus ou moins élaborées et régulièrement associés aux animaux, et parfois même aux humains. Ces formes peuvent être élémentaires (point, trait, ligne) ou plus élaborées (traits en files ou en nappes, cercle, rectangle simple ou cloisonné, etc.). L’association de certains signes, et leurs typologies spécifiques, comme les tectiformes (en forme de toit), les claviformes (en forme de massue) ou les rectangles cloisonnés, pourraient avoir joué un rôle important dans l’élaboration graphique des identités culturelles. À titre d’exemple, les grands signes de la grotte espagnole d’Altamira (environ 17 000 ans avant notre ère) diffèrent des signes exécutés sur les parois de certaines grottes de Dordogne. Le Musée de l’Homme conserve des outils ou des armes en bois de renne, comme des baguettes dites « demi-rondes » ornées de motifs géométriques, de volutes ou de lignes parallèles. L’ensemble de baguettes découvert dans la grotte des Harpons, à Lespugue (Haute-Garonne) en est un bel exemple. Dans son ouvrage L’Art des objets de la Préhistoire (2014), le préhistorien Patrick Paillet explique :

« À l’origine de ces formes, nous imaginons des visions personnelles ou codifiées du réel, parfois une traduction plus ou moins stylisée de ce dernier ou bien encore des inventions, de pures créations graphiques. Les signes sont partout, souvent discrets ou imperceptibles mais toujours très variés dans leur propre typologie. Leur seule présence sur une paroi ou sur un objet, leurs relations mutuelles, leur isolement ou leur association avec les animaux donnent d’emblée à la composition une dimension éminemment symbolique ».

Les plaquettes gravées de la grotte de La Marche (Vienne) datée d’environ environ 17 000 ans avant notre ère, offrent, par la combinaison de représentations animales, humains et abstraites une synthèse iconographique de l’art du Paléolithique supérieur.

 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
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Focus : les plaquettes gravées de la grotte de La Marche (Vienne, France) 

Le musée de l’Homme expose dix plaquettes de calcaire gravées découvertes dans la grotte de La Marche. La qualité artistique de ces objets ne s’explique pas tant par leur iconographie, que par le nombre de supports découverts et la diversité des thèmes représentés. Plus de 1500 pierres, plaquettes, blocs ou dalles gravées, rarement peintes ou sculptées, furent extraites de la grotte. Les motifs gravés représentent tour à tour des silhouettes humaines, des animaux ou des signes, dont la superposition rend la lecture difficile. Une telle superposition s’explique par une conception particulière de l’espace graphique : la paroi verticale d’une grotte est orientée, tandis que le plafond, le sol ou les dalles qui s’y trouvent ne le sont pas. Les représentations gravées sur les plaquettes de La Marche sont alors multi-directionnelles et se confondent en superpositions. Elles témoignent d’un trait original particulièrement présent dans la grotte de La Marche.

Les motifs gravés sur les dalles, blocs et plaquettes relèvent d’une iconographie classique pour le Magdalénien, des animaux vus ou chassés (chevaux, bisons, aurochs, mammouths, cervidés, caprinés, félins, rhinocéros, ours, et même des animaux rares comme les léporidés – lapins ou lièvres), et un nombre élevé de figures humaines (plus d’une centaine). Parmi ces dernières, des visages peuvent être presque considérés comme des portraits. Ils dégagent une forte personnalité. Par leur traitement réaliste, certaines figures de la Marche se singularisent dans le corpus des humains paléolithiques. L’art gravé de la Marche associe des animaux, des humains et une grande quantité de tracés, d’incisions fines ou plus larges, sans organisation apparente ou statut figuratif particulier. Ils témoignent de la forte originalité des œuvres et des artistes magdaléniens de cette région.

 
 
 
Repères chronologiques 

Paléolithique, « la pierre ancienne », (- 4 millions d’années – 12 000 ans avant notre ère)

Période au cours de laquelle l’espèce humaine se transforme physiquement, passant du stade de l’Australopithèque à celui d’Homo sapiens moderne. Cette transformation s’accompagne d’une mutation technologique et sociale. Les Hommes vivent en groupes organisés à l’entrée des grottes et dans les abris de façon permanente, pratiquent chasse, pêche et collecte avec des outils perfectionnés, et ornent , à partir du Paléolithique supérieure, les parois des lieux qu’ils fréquentent, et les outils qu’ils utilisent. La période peut être divisée en trois moments aux caractéristiques et inventions spécifiques.

 

Paléolithique inférieur (- 4 millions d’années – 300 000 ans avant notre ère)

Création des premiers outils (galets taillés, bifaces), maîtrise du feu.

 

Paléolithique moyen (- 300 000 ans – 35 000 ans avant notre ère)

Perfectionnement des outils (éclats Levallois, racloirs, pointes), apparition des premières formes d’art et des sépultures.

 

Paléolithique supérieur (- 35 000 ans – 12 000 ans avant notre ère)

Perfectionnement des outils (lames retouchées, grattoirs, burins, pointes de flèches, harpons, propulseur, etc.), développement de l’art pariétal et de l’art mobilier.

 
 
 
Lieux 

Abri Pataud, les Eyzies-de-Tayac, Dordogne, France

Occupé pendant au début du Paléolithique supérieur (– 35 000 à – 20 000 ans), l’abri Pataud conserve les traces des chasseurs-cueilleurs semi-nomades, dont la sépulture d’une jeune femme accompagnée d’un nouveau-né, une silhouette féminine gravée dans la roche (la « Vénus de l’abri Pataud »), et des objets d’art mobilier. Devenu propriété du Muséum national d’Histoire naturelle en 1957, l’abri Pataud propose à la visite le site préhistorique spécialement aménagé, ainsi qu’un musée installé dans un abri sous-roche.

 

Grotte des Rideaux et grotte des Harpons, Lespugue, Haute-Garonne

Grottes occupées pendant le Gravettien découvertes au début du 20e siècle. En 1922, René et Suzanne de Saint-Périer découvrent la Vénus de Lespugue dans la grotte des Rideaux.

 

Abri de Laugerie-Basse, les Eyzies-de-Tayac, Dordogne, France

Abri occupé dans les dernières phases du Magdalénien (– 15 000 à – 12 000 ans) situé dans les hautes falaises qui se dressent sur la rive droite de la Vézère, en Dordogne. L’abri est découvert et fouillé pour la première fois en 1863 par Edouard et Henry Christy, et par le marquis de Vibraye. Parmi les objets découverts, 600 objets gravés ou sculptés, dont la Vénus impudique, témoignent d’une forte intensité créatrice.

 

Grotte de La Marche, Lussac-les-Châteaux, Vienne, France

Grotte occupée au Magdalénien moyen (vers 15 000 ans) située au-dessus du « ruisseau du Petit-Moulin ». Elle est découverte en 1937 par L. Péricard. Plus de 1500 pierres, plaquettes, blocs ou dalles gravées, rarement peintes ou sculptées, sont extraites de la grotte.

 

Grotte d’Altamira, Espagne

Datée du Magdalénien (– 15 000 ans), la grotte d’Altamira est située à Santillana del Mar, en Cantabrie (Espagne). Elle renferme l’un des ensembles pariétaux epeints et gravés préhistoriques les plus importants, découvert en 1879 par le juriste et archéologue amateur Marcelino Sanz de Sautuola.

 

 
 
 
 
©M.N.H.N. - JC Domenech 
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