LES ACTIONS POUR LUTTER CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET PROMOUVOIR LA DIVERSITE DANS LES MEDIAS
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Mention(s) de responsabilités Rédacteur : Seurrat Aude; Bruneel Emmanuelle
Thématique(s) Société, Exposition du Musée de l'Homme, Médias, Racisme, Diversité humaine
Descripteur(s) Altérité; Assignation; Identité; Catégorisation; Discrimination; Ethnocentrisme; Exotisme; Préjugés; Stéréotype; Stigmatisation; Xénophobie; Cliché; Essentialisation
 
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Résumé Ce dossier propose un point de vue complémentaire à l'espace « décryptage médiatique » de l'exposition temporaire « Nous et les autres : des préjugés au racisme ». Les médias participent à faire circuler et à co-produire des catégorisations sociales, notamment stéréotypées, mais il existe aussi un certain nombre d’actions qui tentent de faire bouger les lignes et de changer les mentalités. Ce dossier permet de voir que les questions relatives au racisme et à la lutte contre les discriminations dans les médias sont complexes, concernent des acteurs sociaux pluriels (pouvoirs publics, organes médiatiques, associations, publics, instances internationales) et relèvent d'actions de différents types (politiques de régulation et soutiens financiers, formation et recrutement des journalistes, éducation aux médias, mise en place de réseaux, création de nouveaux contenus, etc.). En voici une petite sélection qui propose des liens de renvoi vers ces différentes initiatives.
Date de production 31/03/2017
Numéro d'inventaire DT-MHCDR-0013
Source du document Museum National d'Histoire Naturelle (MNHN)
 
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Période(s) Epoque contemporaine (1800 - 2 000), Aujourd'hui / Epoque actuelle (2000 et +)
 
LES ACTEURS PUBLICS 

A partir des années 2000, des dispositifs appuyés par les institutions publiques sont mis en place afin de lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité dans les médias. Ils sont d'abord financés par le FASILD (Fonds d'Action et de Soutien à la Lutte contre les Discriminations) qui deviendra en 2006 l'ACSE (L'Agence pour la Cohésion Sociale et l'Egalité des chances) puis en 2014 le CGET (Commissariat Général à l'Egalité des Territoires). Par exemple, l'EPRA (la banque d'échanges et de productions radiophonique) axe depuis 2000 ses productions sur trois thématiques : "l'intégration, la lutte contre les discriminations et la mémoire de l'immigration". La Commission "Images de la Diversité" (CID) créée en février 2007 par l'ACSE et le CNC (Centre National de la Cinématographie) octroie des aides à la production et à la distribution d'oeuvres audiovisuelles "contribuant à donner une représentation plus fidèle de la réalité française et de ses composantes".

En plus des dispositifs de soutien à la création, les pouvoirs publics ont également mis en place des dispositifs de régulation. En France, la loi du 31 mars 2006 attribue au CSA une nouvelle mission, celle de contribuer "aux actions en faveur de la cohésion sociale et à la lutte contre les discriminations dans le domaine de la communication audiovisuelle". Suite à l'attribution de ces nouvelles prérogatives, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel crée en 2007 un "Observatoire de la diversité" et met en place en 2009 un baromètre de la diversité dans les chaînes de télévision françaises. Ce baromètre est présenté comme une "photographie de la diversité à la télévision" et vise à mesurer, chaque année, les progrès effectués ou non par les chaînes de télévision françaises.

Enfin, les pouvoirs publics soutiennent un certain nombre de dispositifs d'éducation aux médias destinés à déconstruire les stéréotypes. Le CLEMI (Centre de liaisons pour l'éducation aux médias et à l'information), opérateur du ministère de l'Education nationale, propose à ce titre un certain nombre d'outils pédagogiques sur ces questions, comme par exemple les fiches conseil "Identifier et prévenir le racisme sur Internet" ou encore "Ecrire un article dénonçant les stéréotypes sexistes".

 
 
 
LES MEDIAS 

Les médias sont impliqués dans un certain nombre d'actions visant à sensibiliser leurs publics sur les stigmatisations racistes qui peuvent circuler dans la société. Ils déploient parfois également des discours sur les leviers existants pour représenter de manière plus diversifiée la population française. En effet, certaines chaînes de télévision et de radio, mais aussi des rédactions de journaux (papiers et numériques) développent des contenus médiatiques pour faire entendre d'autres voix. En parallèle, certains supports alternatifs aux médias dominants se créent pour traiter de ces questions sociales et politiques avec des angles différents. Il existe donc plusieurs types d'actions réalisées par des organes médiatiques en vue de promouvoir "la diversité" et lutter contre les discriminations.

France Télévisions propose par exemple une vidéo ainsi que d'autres contenus autour du thème du racisme ordinaire. La Fondation France Télévisions, quant à elle, finance, depuis 2015, le projet "filme ton quartier" par laquelle elle incite les jeunes à devenir acteurs de la construction d'autres représentations sur leurs espaces de vie. Sur Arte, de nombreuses émissions traitent de "la diversité" relativement au théâtre, au cinéma, à la cosmétique voire à la philosophie. De leurs côtés, la radio Le Mouv' propose l'émission "Diversité au cinéma : écran noir" et la chaîne HD1 diffuse la série "Zadig et ta mère" réalisée par "4 jeunes issus des quartiers sensibles" avec le soutien de la Fondation TF1. Au niveau des alternatives médiatiques, on trouve le Blondy Blog en partenariat avec Libération ou encore Respect Mag hébergé par le Groupe SOS. Ce dernier élabore des dossiers thématiques sur des questions telles que la laïcité ou la représentation de la population française à la télévision. On peut également citer la radio libre Fréquence Paris Plurielle qui héberge l'émission "Bienvenue chez Oam" dont la ligne éditoriale vise à mettre en avant les divers talents des "gens qui font des trucs".

 
 
 
LES ASSOCIATIONS 

Dans le milieu associatif, les initiatives, qui visent à lutter contre le racisme et les discriminations dans les médias, sont anciennes et ont notamment contribué à sensibiliser les pouvoirs publics et les médias. Le Club Averroès créé en 1997 promeut "la diversité" dans les médias autour de trois axes : la présence à l'antenne, l'emploi et le contenu éditorial, via un réseau, des actions d'influence et un rapport bilan. En 1998, un débat public autour du manque de visibilité des noir.e.s dans les médias est porté par le Collectif Egalité autour de Calixthe Beyala et Luc Saint-Eloy. Leur dépôt de plainte contre l'Etat pour "préjudice moral au peuple noir" entraîne des prises de dispositions des pouvoirs publics et du CSA pour favoriser "la diversité" dans les médias, comme l'étude menée en 2000 par Marie-France Malonga.

En l'an 2000, l'association L'Observatoire de la diversité culturelle vise à rendre compte de la multiplicité des expressions artistiques de la France et propose des ciné-conférences, des portraits vidéo d'acteurs ainsi que des rencontres et des colloques thématiques. Cette association est à l'origine de Combats-Magazine dès 2003 et produit en 2011 l'émission "République Métisse" sur TVM Est Parisien.

L'association Reporter citoyen incite "des jeunes issus de quartiers populaires" à se former au journalisme et à produire un autre regard sur l'actualité et l'association Médias et Diversité envisage de "donner un coup de pouce aux lycéens de la diversité" pour les préparer aux écoles de journalisme et les fait produire un blog. L'association Acrimed (Action-critique-médias) se propose de questionner le fonctionnement de la production d'informations en France et développe un Observatoire des médias qui réunit une palette diversifiée d'acteurs tels que des universitaires, des journalistes, des militants et des usagers afin de proposer des éclairages critiques. Elle édite le magazine Médiacritique(s) dont le numéro 19 est sur lesdites "minorités visibles".

L'association Arrêt sur Images s'emploie à déconstruire des messages médiatiques sur ces thèmes à travers des articles et des vidéos qui déconstruisent les stéréotypes. L'association Jeunes et Médias propose des projets éducatifs sur cette thématique ainsi que des rencontres académiques telles que le colloque d'avril 2015 à Bruxelles sur "Jeunes, Médias et Diversité" qui rendit compte de "la diversité" dans les médias de différents pays et dont les contenus sont sur le Bondy Blog bruxellois.

 
 
 
L'EUROPE 

Avant d'être portées par des associations françaises, soutenues et régulées par des dispositifs publics et prises en compte par les médias eux-mêmes, les questions de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité dans les médias se sont développées au sein des réseaux et des institutions européennes, et ce, depuis les années 1990. Plusieurs réseaux ont été créés en Europe, le plus connu étant le réseau "More color in the Media" fondé en 1996 par Mira Media, une ONG néerlandaise consacrée à la "promotion de la diversité" dans les médias. Un fonds spécial du fonds social européen (FSE), le fonds Equal, déployé de 1996 à 2008, était spécifiquement dédié à "la lutte contre les discriminations" en Europe et a financé un certain nombre de dispositifs pour lutter contre les discriminations dans les médias. Plusieurs institutions européennes se sont ensuite emparées de la question, comme la Commission européenne, l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) ou le Conseil de l'Europe. Deux grands types d'actions se distinguent : celles visant les médias et celles visant les publics.

L'Union Européenne de Radio-télévision (UER) a développé un outil de formation des journalistes, le Diversity Toolkit, qui est utilisé dans plusieurs rédactions de télévision publiques européennes. Le Conseil de l'Europe a mis en oeuvre en 2013 et 2014 le programme Mediane qui a abouti à la création de la "Mediane Box", un outil d'auto-diagnostic et d'aide à l'action devant permettre aux professionnels des médias de renforcer et d'enrichir leurs capacités à inclure les diversités dans tout type de contenu médiatique.

Les institutions européennes soutiennent également des actions en matière d'éducation aux médias. Par exemple, le réseau européen d'action sociale (ESAN) a développé un outil d'éducation aux médias pour lutter contre les discriminations intitulé Watching the Media. Le Conseil de l'Europe, qui vise notamment à développer la citoyenneté en Europe, a mis en place des outils pédagogiques comme, Représentations de l'Autre, un outil pédagogique destiné aux jeunes afin de leur permettre de se questionner sur les représentations des différences dans les représentations visuelles qui circulent dans les médias, un autre volet consacré aux représentations de l'altérité sur les réseaux sociaux numériques étant en cours d'élaboration.

 
 
 
 
DEFINITIONS 
  • Altérité

L'altérité désigne ce qui est différent et extérieur à soi, ce qui est Autre. Les figures contradictoires de l'altérité produisent les différences. Fabriquer un "nous" collectif suppose de désigner un "eux" qui caractérise les "Autres" et implique donc de construire l'altérité comme justification de l'exclusion.

 

  • Assignation

L'assignation consiste à attribuer des qualificatifs à des individus à partir de caractéristiques sociales et morales prescrites et normatives basées sur des préjugés. C'est un processus de désignation qui renvoie l'individu à une identité essentialisée, réifiée et fantasmée.

 

  • Catégorisation

La catégorisation est un processus mental par lequel il est possible de simplifier, ordonner et structurer la complexité du réel. Catégoriser des individus revient néanmoins à réduire leur identité à des observations et informations fragmentaires (l'âge, la classe socio-professionnelle, la classe ethnique...) et présente des risques politiques et éthiques.

 

  • Cliché

La notion de cliché, qui vient du vocabulaire de l'imprimerie du XIXème siècle, caractérise toute forme d'expression dépourvue d'originalité et style, donc banale et aisément reproductible, comme les phrases toutes faites ou les représentations simplifiées de la société.

 

  • Discrimination

La discrimination consiste à refuser, intentionnellement ou non, l'égalité de traitement à des individus ou des groupes. Elle peut être illégale (logement, embauche...) ou être le résultat de pratiques apparemment égalitaires qui produisent des effets défavorables pour les individus ou les groupes visés ou concernés.

 

  • Ethnocentrisme

L'ethnocentrisme est une attitude d'esprit qui consiste à regarder la société à laquelle on appartient comme norme universelle et modèle à suivre pour toutes les autres sociétés, notamment en termes de valeurs, d'organisation sociale et de modes de vie.

 

  • Essentialisation

L'essentialisation est une catégorisation par laquelle la particularité d'un groupe ou d'un individu est érigée au rang de caractéristique identitaire hermétique et figée. Cela consiste à considérer comme une "essence" la réduction toute construite de la complexité du social.

 

  • Exotisme

L'exotisme qualifie moins le caractère de ce qui est autre ou étranger que le goût socialement et culturellement construit pour les différences culturelles confinées dans les limites du plaisant et de l'aimable car "domestiquées". Il en dit plus sur la société qui qualifie tel ou tel produit comme exotique que sur la société de laquelle serait issu ce produit.

 

  • Préjugé

Le préjugé indique, depuis les Lumières, tout jugement basé sur une idée reçue sans vérification. Il filtre la connaissance des autres par des représentations simplifiées et chargées affectivement qui nous rendent enclins à des considérations ou des réactions défavorables.

 

  • Représentations sociales

Les représentations sociales sont le savoir de sens commun partagé d'une communauté d'individus. Elaborées collectivement au fil de l'histoire du groupe, elles y sont tenues pour naturelles et évidentes et fondent une vision du monde qui lui est spécifique.

 

  • Racisme

Le racisme est une attitude hostile de mépris d'autrui, de mise à l'écart voire de violences et d'asservissement de celui-ci, appuyée sur une catégorisation qui désigne, en les hiérarchisant, les individus ou les groupes sociaux selon des "races" associées à des stéréotypes.

 

  • Stéréotype

Le stéréotype est une opinion toute faite sur un individu ou un groupe auquel on attribue des traits de caractère figés réputés communs à sa "catégorie". Cette représentation caricaturale, véhiculée par le sens commun, fonctionne comme un "prêt-à-penser" qui réduit la complexité du réel.

 

  • Stigmatisation

La stigmatisation vient du verbe stigmatiser qui signifie dans son sens premier marquer corporellement de stigmates (cicatrices). Dans sons sens dérivé, la stigmatisation renvoie à l'action de blâmer publiquement et sévèrement une personne, un groupe ou une idée.

 

  • Xénophobie

La xénophobie caractérise la peur et la méfiance vis-à-vis de celui qui vient d'ailleurs, de l'étranger ("xénos" en grec). Cette attitude constitue autrui en menace pour soi et se manifeste par une crainte hostile à son égard et ce, en raison de fantasmes et de stéréotypes projetés sur la ou les populations concernées.

 

Auteurs de ce module "Définitions" :

-Ambre Abid-Dalençon, doctorante, Université Paris Sorbonne CELSA

-Karine Berthelot-Guiet, professeure des universités, Université Paris Sorbonne CELSA

-Sophie Bonnaud-Le Roux, doctorante, Université Paris Sorbonne CELSA

-Emmanuelle Bruneel, doctorante, Université Paris Sorbonne CELSA

-Stéphanie Kunert, maître de conférences, Université Lyon 2

-Aude Seurrat, maître de conférences, Université Paris 13

-Greta Travagliati, doctorante, Université Paris Sorbonne CELSA

-Hécate Vergopoulos, maître de conférences, Université Paris Sorbone CELSA

Groupe de recherche "Archétypes et Stéréotypes" issu du GRIPIC, Groupe de Recherche sur les Processus d'Information et de Communication, Université Paris Sorbonne CELSA

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE 

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